Annette

Je suis née aux Etats-Unis. Je suis venue en France pour être danseuse étoile. Mon rêve, c’était de danser à l’opéra de Paris. Je suis venue avec toutes mes économies, que j’ai dépensées dans la location d’un studio dans le 3ème arrondissement et dans un stage. Puis je me suis retrouvée sans rien. Pour travailler, il fallait une carte de séjour, ce que je ne savais pas. Je suis américaine, je pensais que j’avais le droit de travailler ici. J’ai fait quelques gardes d’enfants mais ce n’était pas suffisant pour vivre.

Je ne suis pas SDF mais je me suis retrouvée à la rue. La Police m’a parlé des urgences de l’Hôtel Dieu et de l’accueil à la Halte Femmes, où je suis allée. On m’a parlé du 115, mais quand j’appelais, on me demandait toujours de rappeler à 23h et à 23h on me disait qu’il n’y avait pas de place. La plupart du temps, j’allais prendre le bus pour aller au centre d’hébergement de Nanterre, le CHAPSA, où j’ai été agressée de nombreuses fois. Dans ce centre, les hommes pensent qu’ils sont chez eux. J’ai vu aussi une fois un homme frapper une femme dans le bus parce qu’elle avait pris sa place. Elle n’est plus jamais revenue. Beaucoup de femmes préfèrent ne pas aller là. Moi, je préférais ça à la rue la nuit. La rue, ça m’angoissait, j’avais envie de vomir tout le temps. Un jour, à La Défense, je me suis évanouie. Des hommes se sont mis à rôder autour de moi. C’est une femme qui me l’a dit lorsqu’elle m’a réveillée. Elle m’a proposé de m’héberger quelques nuits. Je pense qu’elle m’a sauvée.

Une fois, j’étais tellement désespérée que je me suis prostituée. J’étais sur les Champs Elysées. Un homme m’a regardée, je lui ai dit que j’avais faim, il m’a proposé de l’argent pour coucher avec moi. J’ai dit oui. Je ne l’ai fait qu’une fois.

Depuis que je suis hébergée à l’hôtel Bel Air, ça va mieux. Il n’y a pas d’hommes. Je me sens plus en sécurité. J’ai vu un psy, je suis suivie, et je suis un traitement pour calmer mes angoisses. On m’a dit qu’il valait mieux que je rentre. Aux Etats-Unis, il y a ma famille, ma sœur jumelle. L’OFFI n’a pas voulu me payer mon billet retour parce que quand je suis Américaine, et qu’on me considère comme riche, ils m’ont dirigée vers l’ambassade mais l’ambassade des Etats-Unis ne fait rien pour les pauvres comme moi. On m’a dit de voir avec mes parents mais ils n’ont pas les moyens.