Esther

Les centres d’hébergement d’urgence, on m’avait dit que c’était pour les clochards, que c’était pas des endroits pour moi. Il y a un an, j’ai quand même fini par appeler le 115, parce que j’avais tout de la clocharde : pas de quoi manger à ma faim, aucune constance financière… Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on appelle. Et dépendre d’une structure, ce n’est pas facile. Mais depuis que je suis ici, j’ai pu dégager mon esprit et regarder davantage vers l’avenir.

Je suis couturière. Dans mon pays, j’avais un atelier. Il marchait bien jusqu’à ce qu’il y ait la guerre. Moi, je voudrais pouvoir monter mon auto-entreprise. J’ai commencé à me renseigner, j’ai contacté l’ADIE* mais pour le moment je ne peux pas réaliser mes projets. Je n’ai pas de papiers. J’ai fait une demande de visa il y a quelque temps. Elle n’a pas abouti. J’ai abandonné. Avant d’arriver au centre, je ne voulais pas refaire les démarches de peur d’être reconduite à la frontière.

Avec l’assistante sociale, nous sommes en train de rassembler de nouveau tous les papiers pour une demande d’asile. J’espère que cette fois je serai régularisée. Je me sens française. Le français est la langue dans laquelle je m’exprime. Et je voudrais participer à la vie de ce pays. J’ai beaucoup de projets en tête. Mais la clé pour tout, ce sont les papiers.

En attendant, je trouve dommage qu’on n’ait pas le droit d’exercer une activité. Ça permettrait de garder un contact avec le travail. J’ai horreur de rester à ne rien faire. J’ai l’impression d’être morte.

*Association pour le droit à l’initiative économique.