Laura

Ce que j’aime, c’est rendre le sourire aux autres, voir que les gens ne se sentent pas inutiles, malgré les différences. Avoir une place dans la société. Comme les gens dans la rue. Ceux qui ont perdu espoir, que la société a oubliés, qui se sentent perdus. J’aimerais travailler dans un centre de réinsertion, dans un hôpital, ou un centre psychiatrique, avec des gens qui sont à la rue, pour qui il n’y a plus d’avenir. J’aime donner espoir que la vie continue, qu’ils doivent lutter et montrer leurs capacités. J’ai de l’amour pour les gens, même malades. Je parle avec eux, je prends mon temps. Je faisais ça à la Halte femmes. J’accompagnais certaines pour faire une douche spéciale. Il faut aimer les gens. On est toute sorte de gens. C’est notre monde. Avant dans mon pays, je travaillais avec des enfants de la rue, tu leur donnes un conseil, la vision d’être humain. S’il y a la confiance, la personne va écouter.

Je me sens capable de rassembler, j’ai le pouvoir de convaincre. Par exemple, à la Halte Femmes, j’aimerais créer une activité, une pièce théâtrale, jouée par les personnes qui vivent les situations, pour exprimer ça, son propre rôle, et diffuser aux gens. Raconter ce qui se passe entre ces quatre murs, expliquer ce qui se passe à l’intérieur. C’est un monde à part. Il y a tout ! C’est un petit monde dans un grand monde. Il y a des femmes malades, des tristes, des normales, avec leur métier, des folles, des voleuses….C’est un combat tous les jours. C’est un monde à part, et il est impossible de fuir. On ne peut pas s’échapper malgré toutes les difficultés. On y est pour les papiers, les démarches administratives, à manger, les habits, les produits de beauté, les serviettes hygiéniques, les tampons…Il y a des sorties organisées. Tout est fait pour que nous soyons bien malgré les problèmes. Si on part, on est bloqué. Impossible aujourd’hui d’avoir un hébergement. Si on vient d’une structure donnée, c’est possible alors, auprès du 115. La Halte femmes, c’est notre monde. Il y a des bonnes personnes qui sont capables de faire quelque chose. C’est juste une question de circonstance. De situation.

Je n’ai peur de dire les choses, je ne fais pas semblant, je dis la vérité, j’ai le courage de dire quand nous souffrons. S’il faut parler, je parle. Si les gens ne parlent pas, on ne peut pas savoir ce qui se passe, ce que tu vis, pour qu’on te donne de l’aide.

Au départ, on est un être humain, on a tout comme vous. On nous appelle les gens de la rue, mais au départ on est humain. C’est une question de circonstances. On nous traite comme des enfants, ou comme des prisonniers, comme si on n’a pas droit à la vie. Mais on est adultes, on est libre. Avant d’être un hébergé, on avait une vie normale. Je suis normale, je sais ce que je fais. Ce n’est pas parce qu’on nous appelle des hébergés qu’on est des enfants. Elevez le nom sans-abri, hébergé, on est des êtres humains. On fait des efforts pour oublier nos problèmes, ce que nous vivons. C’est triste. J’ai envie de me divertir, de sortir avec mes amies, de me changer les idées.
Mes amies, ce sont les filles de la Halte Femmes. On se raconte notre arrivée, ce qu’on devient, les histoires de papiers, de travail, de logement, notre histoire passée et nos espoirs. Certaines ont trouvé une chambre, un studio, un appartement, une maison. On s’aide entre nous. Par exemple, un jour, une fille m’a acheté mes médicaments pour l’anémie avec ses propres sous. Ou alors, viens manger, et oublie le repas du foyer. Ça fait du bien. On voit aussi celles qui ont fait un pas de plus en avant, ça motive, ça donne de l’espoir. Ça me rassure encore plus, car j’ai déjà l’espoir.

Une des filles s’est mariée. Elle n’a pas de famille ici, les gens de la Halte Femmes étaient là. Pour le mariage, on a fait l’ambiance. J’aime animer les gens, j’aime faire vivre, je motivais tout le monde, j’invitais à venir danser. J’imitais les gens. C’était bien, c’était beau. On ne peut rien t’offrir pour ton mariage, mais la joie oui. On a le droit à la vie ».