F.

Dans mes sacs il y a toute ma vie. J’ai le parfum, tout … l’huile de massage quand j’ai mal, la crème pour les mains, tout, tout est dans mon sac, la brosse à dent, même une plume d’oiseau pour me nettoyer les oreilles ! Tu ne sais pas où déposer tout ça. Quand je suis dans le métro les gens me regardent, ils regardent dans le sac, ils disent whaou, tout ce qu’il y a, moi souvent j’ai honte, je cache mon sac. J’ai mal à la poitrine quand je respire à force de transporter mes bagages toute la journée. Quand une copine a une nuit d’hôtel, elle les prend avec elle.

Je passe beaucoup de temps à attendre. La journée je m’assoie dans le parc, ou à la gare de Lyon pour me connecter au wifi dans le hall 3. J’attends, j’attends avec les voyageurs. Les gens pensent que j’habite quelque part, que je n’ai pas de problèmes. Jusqu’à 14 heures et puis je continue mon chemin vers Porte de la Villette. Là j’attends jusqu’à 17 heures, le dernier bus pour le CHAPSA, à Nanterre. Quand tu vas là-bas c’est la galère, ils n’ouvrent les chambres qu’à 19h45 donc t’attends encore. Quand je n’ai pas de place dans le bus, j’appelle le 115. Le 115 c’est comme nos parents. Ils nous écoutent. Ce que je vis ici, c’est difficile mais je ne peux pas en parler à ma famille parce que ma mère a des problèmes de tension. Et mon père est fâché parce que j’ai refusé de me marier. En Afrique, c’est comme ça, les parents ne veulent pas comprendre, les mariages forcés c’est la tradition. Moi, je veux me marier à l’homme que j’aime.

Des fois je dors à la Gare de Lyon ou dans les urgences. Enfin je ne dors pas vraiment parce qu’à la gare, si tu dors tu te fais voler. Le matin la gare ouvre à 4 heures, comme il y a des toilettes, je me change là-bas. Avant, je n’arrivais pas à prendre soin de moi, j’étais sale, je ne souriais jamais. J’avais chargé le problème en moi et je n’arrivais pas à m’entretenir. Maintenant le sourire vient au moins. C’est la psy qui arrive à me soulager. J’essaie d’expliquer mes problèmes, ce que je ressens. Quand je suis arrivée à l’accueil de jour La Halte Femmes, la directrice nous a dit à toutes qu’on devait s’entraider. Les gens ici sont gentils. Je me suis fait beaucoup d’amies, on se fait rire, on se chamaille. Quand on n’a plus de forfait, on s’échange les téléphones. De temps en temps, les camarades me donnent du travail. Ça me permet de payer mon Pass Navigo et mon forfait téléphone. Je rêve un jour d’entrer dans l’armée mais comme je n’ai pas fait d’études, pour l’instant je suis obligée d’apprendre la coiffure et l’esthétique. Je veux avoir une belle vie. Je n’ai qu’à garder l’espoir, le courage. Tôt ou tard je vais m’en sortir, il faut de la patience. Tu ne sais pas quand le bonheur va t’accueillir.